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Des espaces qui se rétrécissent? L'état des lieux de la liberté d'expression en RDC

Marie-José Kumutima

L'impact de la crise sécuritaire sur la liberté d'expression et le débat public en République Démocratique du Congo.

An illustration of an interview situation
Creator: Philippe Mwabi Mayingi

En République Démocratique du Congo, la liberté d'expression occupe une place centrale et controversée au cœur du débat démocratique. Bien qu'elle soit garantie par la Constitution de 2006 et protégée par les traités internationaux, son exercice effectif se heurte à une réalité de terrain complexe. Entre un espace médiatique en pleine expansion et un environnement marqué par l'instabilité sécuritaire, notamment à l'Est du pays, la parole libre peine encore à s'imposer. 

Dans un contexte de réformes législatives récentes et de transition numérique rapide, évaluer l'état de cette liberté fondamentale revient à examiner la capacité de l'État de droit congolais à relever les défis de la sécurité nationale et de la protection des voix dissidentes. Dans ce sens, la question centrale est de savoir comment concilier l'exercice effectif de la liberté d'expression avec les impératifs sécuritaires ?

C’est dans ce contexte que la Friedrich Ebert Stiftung (FES RDC), en partenariat avec la Dynamique de Politologue (DYPOL), a organisé, le 27 février 2026 à Kinshasa, un café politique intitulé « UONGOZI » et axé sur la thématique: « Les espaces qui se rétrécissent ? L’état de la liberté d’expression en RDC ».

Ce rendez-vous exceptionnel a réuni 75 politiciens, journalistes, défenseurs des droits humains, activistes et jeunes pour débattre de la conciliation entre la sécurité nationale et les libertés fondamentales dans un contexte de crise sécuritaire. 

Avec les contributions de Monsieur  Paul Nsapu, Président de la Commission Nationale de Droit de l’Homme, Madame Anny Modi, coordinatrice de l’ONG AFIA MAMA, et Monsieur Tuver Tuverekwevyo ,journaliste et Directeur de la RTNC nord-kivu , les échanges ont successivement porté sur l'état des lieux de la liberté d'expression, notamment sur les plateformes numériques et le journalisme en temps de guerre. Dans son intervention, Paul Nsapu a souligné : « Établir un état des lieux de la liberté d’expression ne consiste ni à dresser un réquisitoire contre l’État ni à nier les impératifs sécuritaires. Il s'agit plutôt d'une photographie dynamique de la situation de la liberté d’expression à un moment donné, en tenant compte du cadre juridique existant, des pratiques observées et des perceptions sociales des acteurs concernés. 

Les échanges ont permis d'apprécier les avancées, les fragilités et les zones de tension, sans perdre de vue la complexité du contexte. L’instabilité sécuritaire, surtout à l’Est du pays, la précarité économique de la presse et les normes sociales patriarcales sont les principaux défis auxquels la liberté d’expression est confrontée en RDC. Les nouvelles lois et l’expansion du numérique offrent autant d’opportunités que de défis. Parmi ces opportunités, Madame Modi a cité la démocratisation de la parole et l’inclusion, et a souligné que les défis et menaces étaient la violence en ligne, la désinformation et la surveillance.

Avec la crise sécuritaire qui sévit à l’Est du pays, les journalistes se retrouvent pris en tenaille entre, d'une part, une pression croissante du gouvernement et, d'autre part, des menaces de la part de la rébellion. Les autorités formulent des restrictions qui risquent de menacer la presse tant nationale qu’internationale. Le secteur médiatique est dévasté par des violences physiques et des contraintes idéologiques qui entravent leur mission d'information et mettent leur sécurité en péril.

À l'issue de ces échanges , les recommandations suivantes ont été formulées : Adapter les lois pour protéger la sécurité nationale sans sacrifier les libertés fondamentales ; appliquer le droit international humanitaire pour garantir la sécurité physique des journalistes ; garantir l’indépendance des journalistes face à la propagande.

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