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Entre défense du territoire et autorité de l’État : Le défi des Wazalendo

Marie Josée Kumutima

Le recours aux groupes d'autodéfense face à l'agression pose une question fondamentale : peut-on concilier efficacité militaire et respect de l’État de droit sans un cadre formel robuste ?

An image showing a soldier training civilians
Creator: Blaise Irenge

La persistance de la guerre à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), intensifiée par la résurgence du M23, a bouleversé profondément la gouvernance sécuritaire du pays. Face à l'urgence de la menace, l'État congolais a vu sa fonction régalienne de protection légitime des populations se transformer. Pour pallier les limites temporaires des forces régulières, le gouvernement congolais a fait appel aux Wazalendo, des forces d'autodéfense locales.

Initialement perçus comme un élan de résistance communautaire, ces combattants sont devenus des acteurs incontournables du front, combattant aux côtés des FARDC. Une question démocratique et juridique majeure se pose alors : peut-on concilier efficacité militaire sur le terrain et respect de l’État de droit sans un cadre légal robuste ?

C'est pour répondre à ce défi que la Fondation Friedrich Ebert (FES RDC) et la Dynamique des politologues (DYPOL) ont organisé, le 15 mai 2026 à Kinshasa, un café politique intitulé « UONGOZI ».

Autour de la thématique cruciale « Sécurité privatisée, meilleure protection ? Concernant les intérêts des Wazalendo », l'événement a rassemblé plus de 100 participants au Cercle ELAÏS : des décideurs politiques, des hauts gradés militaires, des chercheurs, des membres de la société civile et des leaders de la jeunesse.

Un débat riche et sans complaisance a porté sur trois thèmes : le statut légal des combattants, l'économie de la protection et le respect des droits humains. Le panel était composé de trois experts : M. Emmanuel Kabengele, coordonnateur national du Réseau pour la réforme du secteur de la sécurité et de la justice (RRSSJ) ; Mme Elodie Ntamuzinda W'Igulu, experte en genre, médiation des conflits et bonne gouvernance ; Me Nickson Kambale Kasola, avocat au barreau de Kinshasa/Matete et chercheur sur les dynamiques des Grands Lacs

Les panélistes ont souligné à l'unanimité que l'alliance entre les FARDC et les Wazalendo devait impérativement rester conjoncturelle et temporaire. Le risque majeur serait en effet de légitimer une situation de fait qui s'imposerait au détriment du droit. Me Nickson Kambale a notamment alerté sur l'absence des Wazalendo dans les différents plans nationaux et régionaux de sortie de crise. Cette absence constitue un angle mort politique qui complique sérieusement leur avenir post-conflit. Concernant l'économie de la protection, souvent matérialisée par des barrières routières et des taxes locales, les intervenants ont rappelé qu'il s'agissait souvent de mécanismes de survie pour ces combattants. Cependant, si le contexte d'occupation rend l'application des droits humains extrêmement complexe, l'absence de contrôle officiel ouvre la porte à de nombreux abus contre les populations civiles. 

Pour apporter des clarifications institutionnelles, deux acteurs clés de cette dynamique ont pris la parole : le professeur Emmanuel Dady Saleh, coordonnateur national de VDP-Wazalendo, et le colonel Malumba, directeur chargé des opérations civilo-militaires et de l’éveil patriotique de la Réserve armée de la défense (RAD). Tous deux ont mis en avant la contribution patriotique des Wazalendo, tout en présentant la RAD comme l'outil institutionnel conçu pour encadrer et démobiliser ces combattants à l'avenir.

Au terme des échanges, les participants ont formulé deux recommandations urgentes à l'attention de l'exécutif congolais : réviser les textes de la RAD afin d'adapter ce cadre légal pour mieux encadrer et structurer cette mobilisation citoyenne, et réformer le P-DDRCS pour prendre en compte les réalités actuelles du terrain, afin d'éviter les échecs cuisants des précédents programmes de désarmement en RDC.

Il serait naïf de sous-estimer l'impact positif des Wazalendo sur le plan militaire face à l'agression extérieure. Cette force citoyenne exige désormais un encadrement juridique et politique rigoureux. C'est la condition sine qua non pour éviter une fragmentation irréversible de la sécurité en RDC.

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