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L’égalité proclamée, la parité à construire

Marié-José Kumutima

Dix ans après la promulgation de la loi no 15/013 du 1er août 2015 portant modalités d’application des droits des femmes et de la parité. Où en sommes-nous maintenant ?

Dix ans après la promulgation de la loi no 15/013 du 1er août 2015 portant modalités d’application des droits des femmes et de la parité, une question demeure : pourquoi l’égalité reste-t-elle théorique en République Démocratique du Congo ?

La Constitution congolaise dans son article 14 consacre le principe de la parité homme-femme notamment dans les domaines politique, administratif, économique, social, culturel, judiciaire et de la sécurité. Ainsi, pour offrir des opportunités légales aux femmes et réduire les inégalités, la loi sur la parité a été promulguée conformément à cette Constitution. 

Pourtant, une décennie plus tard, les chiffres témoignent d'un écart persistant entre la norme juridique et la réalité : 14 % de femmes à l'Assemblée nationale, et 9,6 % aux assemblées provinciales, alors que les femmes représentent plus de la moitié de la population congolaise. 32 % des femmes se retrouvent au gouvernement et la représentation reste marginale aux postes décisionnels. L’accès à l’emploi reste marqué par des inégalités, tant dans le secteur formel public que dans le secteur privé ; dans les zones affectées par les conflits à l’est du pays, les violences sexuelles continuent de faire des femmes les victimes de la guerre.

Cet écart entre les normes juridiques et les réalités de fait ne relève pas d'un simple retard administratif, mais d'une institutionnalisation non aboutie et d'un manque de volonté politique, car l'égalité effective doit s'accompagner d'une organisation rigoureuse, avec des ressources dédiées et des mécanismes de contrôle adaptés.

C’est dans ce contexte qu’un atelier de validation du décret portant création, organisation et fonctionnement du Comité interministériel et du Conseil national du genre et de la parité (CNGP) s’est tenu les 10 et 11 février 2026 à Kinshasa, sous l’égide de la ministre du Genre, Son Excellence Micheline Ombae Kalama, avec l’appui de la Fondation Friedrich-Ebert, en partenariat avec l’ASBL UWEMA et le Mouvement Rien Sans les Femmes.

Ce décret, bien plus qu’un simple texte, dote la loi no 15/013 des organes de coordination et de suivi indispensables à son effectivité. Il s'agit de passer des théories à l'application réelle de la parité.

L'atelier a réuni des experts gouvernementaux (ministères du Genre, de l'Emploi, de la Jeunesse, du Plan, des Affaires sociales, de la Santé, de l'Éducation, de la Justice, de la Présidence et de la Primature), des représentants de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers, dans le but de valider ce décret, étape qui marque une volonté ferme de transformer les principes en mécanismes institutionnels opérationnels et efficaces. Cette large participation a démontré que la parité reste une priorité transversale essentielle pour toutes les actions publiques en RDC.

Dans son mot d'ouverture, S. E. Micheline Ombae Kalama a souligné que « l'égalité se construit dans les institutions, dans les politiques publiques et dans la culture collective ». Telle est la future mission du CNGP : promouvoir l'appropriation de la dimension genre, proposer des mesures concrètes et assurer leur suivi rigoureux.

Les participants ont procédé à la lecture de la loi no 15/013 et ont examiné le décret article par article afin de l'adapter aux réalités actuelles. Ces travaux ont abouti à la mise en place d'une feuille de route visant à accélérer le plaidoyer auprès de la primature, à mettre en place des stratégies de vulgarisation et à créer un comité de suivi des amendements. Les avancées en matière de droits des femmes sont rarement le fruit d'un automatisme institutionnel ; elles sont le résultat d'alliances, de pressions et de compromis. C'est pourquoi il a été recommandé de créer un réseau durable de la société civile pour soutenir ce processus et garantir l'effectivité de la parité en RDC.

La validation du décret marque donc une étape importante, mais non suffisante. Elle ouvre une fenêtre d'opportunité dans un pays où les inégalités de genre s'entrecroisent avec la pauvreté, l'économie informelle et l'insécurité. La parité en RDC ne sera pas seulement le produit d’un texte signé. Elle dépendra de la capacité des institutions à transformer un principe constitutionnel en pratique administrative et une exigence juridique en réalité politique.

Dix ans après, l’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action. Il est désormais temps de passer à l’ancrage institutionnel afin de rendre la parité effective.

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