- Paix et sécurité
Deuxième forum de haut niveau sur la paix et la sécurité en RDC et dans la région des Grands-Lacs
La situation sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC) reste critique, en particulier dans l'est du pays. L'intégrité territoriale et l'autorité de l'État sont gravement compromises par la résurgence de la coalition AFC/M23, qui bénéficie du soutien du Rwanda, par la persistance des violences des Forces démocratiques alliées (ADF) en Ituri et au Nord-Kivu, ainsi que par l'activisme des milices Mobondo dans l'ouest du pays. Ces crises sont exacerbées par des tensions intercommunautaires et des rivalités géopolitiques liées au contrôle des ressources minières.
Malgré la multiplication des initiatives diplomatiques, comme les processus de Washington, de Doha et de Luanda, ainsi que la médiation de l'Union africaine, l'impasse persiste. Cette détérioration continue engendre une crise humanitaire alarmante et une recrudescence de graves violations des droits humains. Ces crimes contre les populations civiles, bien que documentés, demeurent largement impunis.
Compte tenu de la dimension transfrontalière et régionale de ce conflit, une réponse isolée est insuffisante. C'est dans l'optique de formuler une approche coordonnée impliquant les États de la sous-région, les organisations régionales, les Nations unies et les partenaires internationaux que la Fondation Friedrich Ebert, l'ambassade Suisse et Ebuteli ont co-organisé ce deuxième forum sur la paix et la sécurité en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs. L'objectif principal était de créer un cadre de dialogue stratégique et multipartite pour évaluer les processus de paix en cours et proposer des mécanismes de redevabilité viables.
Ce forum a réuni plus de 60 participants, dont des délégués du gouvernement, du parlement, de la société civile, du corps diplomatique, d'institutions de recherche nationales et régionales, ainsi que des experts sectoriels.
Après un état des lieux exhaustif de la situation sécuritaire et des violations des droits humains sur le terrain, les réflexions se sont articulées autour de quatre panels thématiques.
Panel 1 Quelle redevabilité pour les crimes commis pendant l'actuelle crise du M23 ?
Les panélistes ont salué les avancées significatives en matière de documentation des crimes commis. Cependant, l'insuffisance des infrastructures institutionnelles et judiciaires adéquates entrave la poursuite efficace des auteurs.
Les débats ont mis en lumière la nécessité de hiérarchiser les priorités. Face au dilemme entre la paix, la justice concomitante à la paix et la justice post-conflit, il a été convenu que l'instauration immédiate d'une justice transitionnelle classique était techniquement complexe en période de conflit. La pacification du territoire est donc un prérequis obligatoire pour pouvoir déployer les mécanismes de justice transitionnelle post-conflit.
Panel 2 : Où en sommes-nous des processus de paix en cours ?
Ce panel a examiné la nécessité de faire converger les agendas sécuritaires et les réponses politiques. Les accords existants souffrent en effet d'une déconnexion entre ces deux sphères de gouvernance. Les participants ont souligné que chaque partie prenante appliquait une grille de lecture biaisée par ses propres intérêts. Pour désamorcer la crise, il est impératif d'initier un processus national inclusif permettant d'harmoniser les perceptions et de neutraliser les agendas cachés.
Panel 3 : Accord de partenariat stratégique, cadre d'intégration régionale et cohérence avec les initiatives de paix
Les échanges ont démontré que les cadres d'intégration régionale actuels présentent un biais économique. Ils présentent une insuffisance d'analyse sociologique et anthropologique des conflits. Ce forum appelle donc à concilier impérativement les impératifs sécuritaires et politiques aux logiques d'intégration économique afin d'éviter que les accords commerciaux ne soient fragilisés par l'instabilité sur le terrain.
Panel 4 : Comment s'engager ensemble pour une paix effective ?
Ce panel, consacré aux recommandations, a évoqué la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies , qualifiée de victoire diplomatique majeure pour la RDC, mais dont l'exécution souffre d'un effet de dilution politique. Le panel a remis ce dossier au centre des débats afin d'identifier les pesanteurs et les blocages structurels qui freinent son application stricte sur le terrain.
Le forum s'est clôturé par l'identification des obstacles politiques, militaires et diplomatiques à surmonter pour garantir une pacification durable en RDC et restaurer la stabilité de la région des Grands Lacs.