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Colloque National sur le lancement de plaidoyer pour la ratification de la C 190 de l’OIT

Marie José Kumutima

Un temps fort pour renforcer la lutte contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail. Ce colloque réunit les acteurs engagés autour du plaidoyer pour la ratification de la Convention n°190 de l’OIT, en faveur d’un environnement professionnel plus sûr, respectueux et inclusif.

Les 18 et 19 août 2026, un colloque de haut niveau consacré au plaidoyer pour la ratification de la Convention 190 de l'Organisation internationale du travail (OIT) en République démocratique du Congo s'est tenu à l'hôtel Memling de Kinshasa. Cet événement stratégique, co-organisé par la Fondation Friedrich Ebert (FES) et l'ASBL UWEMA, a réussi à mobiliser l’ensemble des forces vives de la RDC. Y ont pris part : la présidence de la République (représentée par le conseiller au collège emploi, travail et égalité des chances), le gouvernement (à travers la vice-primature de la fonction publique, ainsi que les ministères du genre, de l’éducation, de la santé, de l’environnement et du travail), le parlement (représenté par deux députés nationaux, à savoir un élu du Sud-Kivu et une élue de Kinshasa), les acteurs socio-économiques et la société civile. Les délégués du patronat (FEC, COPEMECO), des organisations syndicales, des structures féminines, du Conseil national de la jeunesse, des ambassadeurs de la masculinité positive, ainsi que des représentants du secteur informel étaient également présents.
La cérémonie officielle a été marquée par les allocutions successives des différentes parties prenantes. M. Constantin Grund, Représentant Résident de la Fondation Friedrich Ebert, a ouvert le bal des interventions en adressant ses remerciements à notre partenaire, l’ASBL UWEMA. Il a d’emblée mis en exergue l’importance cruciale de ces assises en déclarant : « Nous ne sommes pas réunis aujourd’hui simplement pour discuter d’un texte international ; nous sommes réunis autour d’une question beaucoup plus fondamentale : quelle société voulons-nous construire dans le monde du travail en République démocratique du Congo ? »
À sa suite, Mme Chantal Faida, coordinatrice de l'ASBL UWEMA, a rappelé la pertinence de ce plaidoyer. Elle a insisté sur la nécessité impérieuse de ratifier la convention 190 de l'OIT et de réviser le code du travail afin d'instaurer une responsabilité civile des employeurs et de protéger efficacement les victimes face à l'impunité actuelle. Après le mot de la coordonnatrice, l’honorable député Vital Banywesize Mukuwa a exprimé le soutien parlementaire de l’Assemblée nationale pour la ratification de la C190, soulignant que ce dossier demeure l'une des priorités majeures en matière d'égalité de genre en RDC. L’honorable Jacqueline Daida Moleka a également soutenu cette ratification, tout en attirant l’attention des participants sur la nécessité d'un accompagnement financier. Elle a rappelé qu'il était indispensable de se doter de moyens adéquats pour une application effective de cette convention, et a annoncé une démarche concrète ainsi que des pistes de solution.
Avant l'ouverture officielle du colloque, le secrétaire général au Travail,M. Donat Bagula a annoncé à l'assistance que le ministère lancerait sous peu une étude de ratificabilité de plusieurs instruments juridiques internationaux, dont la C190. Cette annonce a une fois de plus mis en relief l'opportunité de ce colloque, qui anticipe utilement cette démarche ministérielle.
Les travaux ont débuté par les exposés de deux expertes : Mme Gabriella Mwimba, experte senior au ministère de la Fonction publique, et Mme Brigitte Sharadi, syndicaliste  et vice-présidente en charge du genre et de l'économie informelle au CSC. Leurs interventions ont respectivement porté sur l'intérêt de la ratification de la convention 190 de l'OIT pour la fonction publique et sur l'état des lieux des violences basées sur le genre (VBG) en milieu professionnel, en analysant leurs causes et facteurs de propagation. Dans leurs argumentaires, elles ont démontré pourquoi la ratification de la C190 est devenue une urgence aujourd'hui, face aux harcèlements constatés quotidiennement dans les secteurs formel et informel. Elles ont rappelé ce principe fondamental : une femme ne devrait jamais avoir à choisir entre sa dignité et son travail.
Par la suite, cinq groupes de travail ont été constitués et ont produit les conclusions suivantes :
Groupe 1 : Réforme pénale et responsabilité des employeurs
Pour ce groupe, il apparaît clairement que l'article 174d du Code pénal est inefficace, car il exige un acte répété et exclut la responsabilité de l'employeur. Ils ont recommandé de 
supprimer le critère de répétition afin de pouvoir punir sévèrement les actes uniques mais graves.
élargir la définition légale au harcèlement environnemental (climat de travail hostile) ;
rendre obligatoires l'adoption de codes de conduite, la tenue de formations et l'installation de canaux de signalement ;
engager la responsabilité civile de l'employeur en cas de carence ou de défaillance préventive.

Groupe 2 : Secteur informel et espaces numériques
Le constat est le suivant : il y a une absence généralisée de contrats formels, ce qui prive 80 % de la population active de toute protection juridique. Il a été recommandé de :
découpler la protection contre la violence de l'existence d'un contrat de travail (en faire un droit universel lié au lieu d'activité) ;
encadrer juridiquement le cyberharcèlement (via WhatsApp et les réseaux sociaux) ainsi que les agressions survenant durant les trajets domicile-travail ;
responsabiliser les comités de gestion des marchés par le biais de chartes contraignantes et de cellules d'écoute.

Groupes 3 et 4 : Accès à la justice et protection des lanceurs d'alerte
Le constat est le suivant : la peur généralisée des représailles et du licenciement bloque la quasi-totalité des dénonciations de la part des survivants. Il a été recommandé de 
créer un statut juridique protecteur pour les lanceurs d'alerte (salariés, sous-traitants, PME).
renverser la charge de la preuve en instaurant une présomption de représailles en cas de sanction post-signalement ;
allouer 5 % du budget de la justice à un fonds d'aide juridique gratuite en faveur des travailleuses précaires.

Groupe 5 : Ratification de la C190 et inspection du travail
Le constat est qu’il y a un besoin pressant d'élaborer une matrice d'harmonisation législative, conformément à l'article 3 de la Convention 190. Il a été recommandé de :
élargir les pouvoirs d'enquête de l'Inspection du travail pour couvrir les risques psychosociaux ;
mettre en place un baromètre national de suivi afin d'assurer le suivi rigoureux de l'application de la C190.
En conclusion, la ratification de la Convention 190 de l’OIT représente une opportunité historique pour la RDC, en parfaite adéquation avec la vision du président de la République. En accélérant ce processus, le ministère du Travail et de l’Emploi offrira à l’ensemble du monde du travail congolais une protection moderne, juste et universelle. Les actes issus de ce colloque constituent désormais les clés politiques, juridiques et techniques d’un succès législatif immédiat, dont la concrétisation sera grandement consolidée par la poursuite de l’appui stratégique .
 

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